Le monde ancien passe et le monde nouveau est déjà en germe. Quelle étrange sensation que d’être entre deux. Nous assistons à la fin d’un monde, au vacillement de ce que nous avons toujours connu et pourtant les lueurs du monde sauvé tardent à se manifester.

Que se souhaiter au début de cette année 2024 ?

Il faut se garder de la force de l’habitude et peut-être s’interroger à nouveaux frais sur ce qu’il convient de s’échanger comme vœux. Permettez-moi de vous partager une réflexion suscitée par la célébration des fêtes liturgiques de ces derniers jours. En effet, dans notre liturgie catholique, le premier de l’an coïncide avec le huitième jour après Noël. Huit jours après la naissance du Verbe de Dieu dans la chair, né de la Vierge Marie, l’année nouvelle s’ouvre, lourde de promesses. Huit jours après la naissance, dans la tradition d’Israël à laquelle Jésus s’est soumis, c’est le rite de la circoncision et de l’imposition du Nom qui rattache l’enfant mâle à l’histoire de l’Alliance avec les promesses et les obligations légales. Dans la vie du Christ, le huitième jour signifie l’incorporation à son peuple. Dieu est incorporé à ce monde par le mystère de l’Incarnation que nous avons fêté à Noël. Il reçoit un nom qui le qualifie comme membre de l’Alliance et lui confie une mission : Jésus c’est « Le Seigneur sauve. »

Le premier et le huitième jour s’identifient donc.

Voici que le début de la vie humaine qui oscille entre réussites et échecs s’engage par le huitième jour sous le signe de la victoire, du Salut. Et en effet, à l’autre bout de la vie du Christ, on retrouvera cette concordance. Le premier jour de la semaine coïncidera avec le huitième jour. Le premier jour de la semaine, nous serons de nouveau dans une grotte, celle du jardin de Pâques et la vie aura triomphé de la mort, faisant basculer le monde pour toujours dans la création nouvelle. Le huitième jour dépasse et achève l’ancien septénaire (les 7 jours de la création de la Genèse + 1), le huitième jour c’est un jour de résurrection et donc en même temps, un jour de création.

La création va vers la vie par définition, c’est la dé-création qui engendre la mort. Notre monde, par le Christ qui le fait basculer dans l’éternité, est donc promis à la vie. Le huitième jour qui coïncide avec le premier devient pour nous symbole de baptême (en effet, dans l’antiquité, les baptistères avaient une forme octogonale pour symboliser ce huitième jour), c’est le signe de l’expérience chrétienne par excellence : la vie du nouveau baptisé, la résurrection est plus forte que la mort. Notre chemin entre ce huitième jour, premier jour de la création nouvelle pas encore achevée, c’est donc l’espérance. Au cœur du temps qui passe, voici le commencement de l’ère nouvelle, point de convergence entre la dimension horizontale de nos vies (nos relations, nos liens familiaux et amicaux) et la dimension verticale (notre lien à Dieu). A ce point de contact se trouve le cœur de Jésus. C’est par là, dans le mystère de l’Incarnation que passe la vie éternelle.

Frères et sœurs bien-aimés, permettez-moi de vous souhaiter une année 2024 pleine de foi et d’espérance. Puissiez-vous passer un peu plus avec l’Église au milieu du monde du huitième jour au premier jour, de la résurrection à la création nouvelle. Que le Seigneur vous garde et vous bénisse ainsi que vos proches !

Abbé Hervé GODIN, Curé