HOMELIE POUR LA MESSE PATRIOTIQUE DU 11 NOVEMBRE
SAINT MARTIN DE TOURS
Frères et sœurs bien aimés,
Chers amis,
Permettez-moi de vous raconter une histoire. C’est un soir d’hiver, la neige a déjà recouvert le paysage de cette campagne morne d’Amiens. Les hordes de loups font entendre leur cris sinistres sous la lune et la terre est blanche, scintillante et glacée.
Un homme s’avance à cheval, c’est un soldat. Il est épuisé par la longue route dans les frimas de l’hiver. Sur le bord du chemin, une forme presque évanouie réclame son aide dans un dernier sursaut de vie. Un mendiant réclame l’assistance pour ne pas mourir de froid.
Le soldat n’a plus d’argent. Il a déjà distribué sa solde en charité. Il descend de cheval, déploie sa chlamyde pourpre et en coupe la moitié, celle qui n’appartient pas à César, celle qu’il possède en propre. Alors, dans un geste ample et grave, il drape le pauvre dans les plis de l’étoffe de laine.
Plus tard, dans la nuit, alors que le cavalier Romain a fermé les yeux pour laisser son corps fourbu reposer, le Christ lui apparaît, vêtu de la chlamyde. Il comprend alors que le mystérieux mendiant dont il a couvert la nudité, c’est le Dieu des chrétiens, ce Dieu amour, qu’il cherche mystérieusement depuis que certains de ses adeptes lui en ont parlé dans les rangs de l’armée.
Martin, ce fils Hongrois de l’empire, que son père païen avait voué à Mars, le dieu de la guerre, sent son cœur basculer. Il deviendra chrétien, moine, et même évêque de Tours.
Cet hiver 354, sur les routes de Gaule, dans ce partage de la Cape de pourpre, la France est née.
Elle est née du geste d’un soldat devenu chrétien, qui sera moine et évangélisateur infatigable de nos campagnes.
Elle est née de la Charité d’un légionnaire devenu soldat du Christ, Miles Christi.
La France est née de cette histoire qu’il faut transmettre à tous les Fils de France.
Martin était Hongrois, soldat Romain mais il est devenu Fils de France à cause de la Charité d’Amiens qui sert de matrice à tous les héros futurs de l’histoire.
Le onze novembre, chaque année, c’est ce Martin de Tours, ce Fils de l’Église, ce soldat de France qui veille sur tous ses frères d’armes. Tous ceux qui ont servi la France, tous ceux qui de siècles en siècles, de saison militaire en saison militaire, ont porté haut et loin la charité de cette terre de France, la fille aînée de l’Église.
Ce onze novembre 2025, devenu jour de commémoration de toutes les guerres, 80 ans après la fin de la deuxième guerre mondiale, c’est saint Martin qui nous rassemble à nouveau dans cette église pour prier pour le repos de l’âme de nos morts et confier notre monde fracturé au Prince de la Paix.
Partout autour de nous, des conflits éclatent, des menaces nouvelles voient le jour. Jusque sur nos terres européennes, que l’on croyait naïvement à l’abri des menaces, de nouvelles tensions apparaissent.
Nos aînés se sont battus, ils ont donné leur vie, ils ont versé le sang, ce sang rouge et brulant pour la LIBERTE, pour que leurs descendants puissent vivre heureux et libres sur cette terre de France.
Mais une nouvelle menace interne, un menace plus terrifiante encore que toutes celles des siècles passées, un nouveau totalitarisme soft ruine leurs efforts et insulte leur mémoire.
Pourtant, Georges Bernanos l’avait prophétisé dès les années 50 : « La pire menace pour la liberté n’est pas qu’on se la laisse prendre – car ce qui s’est laissé prendre peut toujours se reconquérir – c’est qu’on désapprenne de l’aimer, ou qu’on ne la comprenne plus. »
Frères et sœurs, qu’avons-nous fait de cette liberté ? Cette liberté chérie qu’exalte notre hymne, la Marseillaise ?
Nous avons détourné les yeux de l’honneur, nous avons laissé choir la grandeur de la France pour le confort bourgeois de ceux qui veulent jouir sans entraves.
Nous voulons être libres mais nous avons vendu notre âme en faisant de la politique, le jeu des appétits féroces des chantres du progrès.
Par un curieux retournement de veste dont ils ont le secret, les excités du progressisme qui criaient hier sur les barricades : « il est interdit d’interdire. » sont devenus les chantres des normes restrictives de nos droits les plus fondamentaux. Ils nous ont piqués, masqués, interdits, censurés et fait taire pour conserver ce qu’il leur restait encore à jouir.
Frères et sœurs, je vous le redis encore ce matin, qu’avons-nous fait de la mémoire de Martin ? Qu’avons-nous fait de la charité brulante de ce soldat de France qui, sur les routes d’Amiens, baptisa pour toujours notre destin national ?
Qu’avons-nous fait de notre mémoire ? De cette gloire d’être Français ? De cette fierté de reconnaître dans ce peuple de France, un destin si singulier, unique entre toutes les nations ?
Nous nous sommes laissés prendre à leurs mots. Ils nous ont vendu la mort au prix de la tranquillité de consommer. Ils nous ont pris notre mémoire en réécrivant le récit national pour nous faire oublier que la France, c’est la charité d’Amiens, c’est le souci du plus fragile avant la recherche du confort et du plaisir.
Pour nous faire oublier que la France, ce n’est pas le pays des technocrates, ces petits hommes gris qui pondent des normes depuis leur loge pour décider de qui a le droit de vivre et qui doit mourir parce qu’il n’est plus rentable.
La France pour laquelle se sont battus nos anciens, la France dont nous célébrons la mémoire éternelle en ce jour, c’est la terre des lys, c’est le pays de la culture triomphante, c’est un peuple qui est né d’une terre et d’une histoire, ce n’est pas la Machine, la start-up nation, collusion de la finance, de la technique et de l’idéologie déconstructiviste.
La France, ce n’est pas une machine à broyer, c’est un creuset qui change le plomb en or lumineux, parce qu’elle est portée par une vocation unique confirmée dans le baptême de Clovis, celle d’être la fille aînée de la Chrétienté.
Comme Saint Martin nous l’a enseigné sur les routes d’Amiens, la France est toute entière confiée à ce Cœur Sacré, ce Cœur offert qui a appris à tous les fils et les filles de France, le prix du sacrifice.
Pour qui se battre ? Pour quoi se battre encore aujourd’hui si nous ne croyons plus à ce destin éternel de notre patrie ? A quoi sert même d’entretenir la mémoire de ceux qui ont cru à ce vieux rêve ?
A quoi bon exalter leur souvenir si nous refusons le prix du sacrifice ?
Si la vie nous fait peur ?
Si nous pêchons contre la vertu d’espérance, celle-là même que le caporal Péguy chanta en des vers inoubliables avant d’être fauchés par les balles allemandes dans les plaines de la Marne ?
Frères et sœurs, dans cette eucharistie qui nous replonge dans le Cœur Sacré, dans ce Cœur qui a tant aimé le monde, alors que nous communions à la mémoire des générations passées pour que s’ouvre devant nous un avenir pour la France, je voudrais ce matin vous lancer un appel.
Alors que certains voudraient le remplacer pour des bannières plus inclusives, retrouvons le sens de notre drapeau. Ces trois couleurs que vous arborez fièrement en ce jour sont le prix à payer pour l’honneur d’être Français.
Près de la hampe à la pointe d’or qui nous montre la direction du ciel, notre patrie définitive, il y a le BLEU, cet azur du ciel, ce bleu marial qui nous rappelle que la France est le pré de Notre Dame.
On a vu combien la Vierge rassemblait même ceux qui ne professent pas la foi chrétienne. La réouverture de Notre Dame de Paris fut un moment de communion nationale comme elle le fut lors des moments tragiques de notre histoire. Notre Dame rassemble pour les Te Deum et les Requiem du peuple de France. Les Français en sont les Fils. Ici dans cette église, c’est à la Vierge qu’ils ont dédié leur renaissance après le terrorisme révolutionnaire qui avait tenté de les éradiquer.
Ce bleu de Marie, nous dit que, comme elle, la France est une mère, une mère appelée à prendre soin de ses fils à qui elle demande en retour de défendre son honneur.
Ensuite il y a le BLANC, ce blanc lumineux de la foi, ce blanc lumineux du panache blanc d’Henri IV, ce blanc de la confiance, de la bravoure. Ce blanc qui redit que les fils de France ne sont pas un peuple contractuel, un peuple de bénéficiaires, mais un creuset de braves. Ce blanc lumineux de la fête de Saint Martin qui nous redit notre vocation à nous laisser transfigurer par la lumière.
Enfin, il y a le ROUGE, ce rouge qui flotte au vent trouve son origine dans les martyrs de Saint Denis et ses compagnons ayant préféré le sacrifice de leur vie plutôt que le mensonge. Ce sang des martyrs de Montmartre qui donne ses couleurs à Paris (La Vierge et Saint Denis), ce sang rouge de tous nos héros qui ont versé le sang par amour d’une idée plus grande que leurs intérêts, une idée qui valait la peine de se battre. Pour la France !
Ces trois couleurs qui ornent nos frontons sont le prix de la mémoire, la mémoire d’une France fille aînée de l’Église qui a appris de son Dieu.
Dans les Mémoires d’Outre-tombe, Chateaubriant, nous avait prévenu : « Celui qui renie le Dieu de son pays est presque toujours un homme sans respect pour la mémoire de ses pères ; les tombeaux sont sans intérêt pour lui, les institutions de ses aïeux ne lui semblent que des coutumes barbares ; il n’a aucun plaisir à se rappeler la sagesse et les goûts de sa mère. »
Frères et sœurs, la France n’est pas un espace qu’on pourrait traverser sans attaches en fonction de ses intérêts.
Elle est une histoire, une mémoire et pour tout cela, une vocation.
Par l’intercession de Notre Dame de France, par celle de Saint Martin et de tous les saints de France, prions pour le repos de nos morts et demandons au Cœur Sacré de Jésus, qui un jour apparut en Bourgogne, que ceux qui la servent puisent à la source même de la charité, le feu de leur agir politique, pour que vive la France ! Amen
Abbé Hervé GODIN, curé.




