La nouvelle année qui s’ouvre devant nous est marquée dans la vie de l’Église par la fête de l’Épiphanie. Cette solennité si populaire et si belle à la fois nous fait avancer les mages de nos crèches jusqu’à l’humble réduit de Bethléem et partager la
galette des rois. Le mot épiphanie signifie « manifestation lumineuse », la révélation de ce qui était caché.
La lettre aux Éphésiens que nous entendrons dans la messe de cette fête dit en effet que : « Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance des hommes des générations passées, comme il a été révélé maintenant à ses saints Apôtres et aux
prophètes, dans l’Esprit. Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. » Nous voici donc cohéritiers d’une promesse qui avait été cachée et qui est maintenant révélée. C’est déjà pour nous une source de joie. Le principe d’une promesse, c’est précisément de se situer entre un déjà-là et un pas encore. Autrement dit, ce qui nous est donné l’est déjà mais pas encore complètement achevé. Et cette promesse c’est la Bonne Nouvelle du Salut. Frères et
sœurs, les mages ont suivi l’étoile. Ils se sont laissés guider dans les ténèbres par la faible lumière de l’astre pour être conduits jusqu’à la lumière véritable, celle qui s’est levée pour toujours à Bethléem, astre qui ne connaît pas de couchant.
A leur suite, nous sommes invités à nous mettre en route. Nous sommes appelés à avancer malgré la nuit de notre monde, sans crainte, à nous lancer dans cette nouvelle année même si, à vue humaine, nous pouvons craindre l’avenir. C’est
ensemble en Église, avec nos forces et nos faiblesses que nous sommes ce peuple « qui marchait dans les ténèbres et qui a vu se lever une grande lumière. » (Is 9, 1)
Cette épiphanie du Salut n’est pas une vague chimère ou une consolation de faibles. Elle est pour le cœur croyant l’assurance que le meilleur est à venir. C’est le vœu que je fais pour vous dans ma prière en ce début d’année. Puissions-nous
avancer résolument vers la lumière sans craindre le chemin. Le théologien allemand Karl Rahner écrivait en méditant sur cette humble lumière : « Que l’infini de Dieu ait ainsi assumé l’étroitesse de notre condition humaine, que la béatitude ait ainsi assumé la tristesse mortelle de notre terre, que la vie ait assumé la mort, voilà bien la vérité la plus invraisemblable.
La naissance de cet enfant a tout changé. Tout désormais s’achemine sous la poussée inexorable de l’amour, vers la Face de Dieu. Le temps tout entier est déjà enveloppé d’éternité, du fait que celui-ci est devenu temps lui-même. Toutes les
larmes sont d’ores et déjà taries à leur source la plus secrète parce que Dieu, après les avoir pleuré lui-même, les a essuyées à jamais sur ses propres yeux. La nuit du monde est d’ores et déjà clarté. En Jésus-Christ, Dieu a dit son dernier mot au monde, le plus beau, le plus profond : il se résume ainsi : « O monde, je t’aime ! O Homme, je t’aime ! » C’est la lumière obscure de la foi qui donne à nos nuits quelques clartés, c’est elle qui en fait de saintes nuits. »
Puissiez-vous accueillir ces paroles pour nourrir votre espérance et recevoir quelques consolations face à vos inquiétudes. Bonne et sainte année !
Abbé Hervé GODIN
Curé de Saint Vincent-des-Vignes




