Mardi 5 octobre dernier, après deux ans et demi de travaux, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE), installée depuis le 8 février 2019, a rendu son rapport à ses mandants, Monseigneur Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, et Sœur Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France.
Cette commission indépendante, convoquée par les Évêques de France s’est fixée cinq objectifs : faire la lumière en écoutant la parole des victimes (mineurs et personnes vulnérables), comprendre les fonctionnements qui ont été à l’origine de ces abus et débusquer les structures qui ont permis leur mise en route, prévenir en évaluant la pertinence et l’efficacité des moyens de prévention mis en place par l’Église et notamment depuis les années 2000 et proposer des moyens efficaces pour reconnaître la souffrance des victimes, corriger les manquements constatés et surtout empêcher la répétition de ces drames. Cette épreuve de vérité est pour nous tous une nécessité. L’Église, comme institution composée de pêcheurs, participe à ce mystère du mal. Non parce qu’elle est l’Église mais parce que le facteur humain qui la compose la conduit à se rendre complice du mystère d’iniquité. Devant l’ampleur du mal, notre pensée et notre prière se tournent d’abord vers les victimes. Nous voulons leur demander pardon pour ce qui a été irrémédiablement détruit par ce mensonge. Cette épreuve de vérité nous blesse nous aussi mais nous la devons aux victimes pour que nous soyons fidèles à la Révélation dont nous sommes appelés à être les témoins. Il ne peut y avoir de liberté sans vérité selon les mots mêmes du Christ.
En 2019, à la demande du pape François, le pape émérite Benoît XVI sortait de sa réserve pour publier dans une revue allemande une contribution à la réflexion de l’Église sur ce sujet. Ce texte a depuis été publié en français sous le titre : « Se remettre à vivre pour Dieu. Méditation sur l’avenir de l’Église. » Le pape théologien écrivait ainsi : « La crise suscitée par les nombreux cas d’abus commis par des prêtres force en quelque sorte à considérer l’Église comme quelque chose de raté, qu’il nous faut désormais reprendre en main pour le repenser. Mais une Église fabriquée par nous-mêmes ne peut être synonyme d’espérance. Jésus lui-même comparait l’Église à un filet de pêche ramassant des poissons bons et mauvais que Dieu lui-même doit séparer à la fin des temps. Sa comparaison côtoie la parabole de l’Église présentée comme un champ où pousse le bon grain que Dieu lui-même y a semé, mais aussi l’ivraie qu’un « ennemi » y a également répandue en cachette. De fait, la mauvaise herbe dans le champ de Dieu, l’Église, est particulièrement visible, et les mauvais poissons dans le filet montrent aussi leur vigueur. Mais le champ reste néanmoins le champ de Dieu, le filet reste le filet de Dieu. Quelle que soit l’époque, il n’y a pas que l’ivraie ou les mauvais poissons, il y a toujours aussi la semence de Dieu et les bons poissons. Insister sur ces deux réalités ne relève pas d’une démarche apologétique erronée, c’est bien plutôt rendre un service nécessaire à la vérité. »
Dans ce contexte, il nous faut reconnaître que l’effacement de Dieu même dans l’Église a pu conduire à la toute-puissance de certains de ses membres et aux comportements criminels qui sont maintenant connus. Il nous faut maintenant nous remettre à retrouver le sens de Dieu, à revivre pour lui en reconnaissant humblement que son absence proclamée, loin de libérer l’homme l’a condamné. Retrouver le sens de Dieu, c’est retrouver le sens et la dignité profonde de toute vie, de chaque être même les plus fragiles et construire ainsi un monde meilleur. Ce n’est donc pas d’une nouvelle Église (ou d’une absence d’Église) dont nous avons besoin, mais d’une fidélité renouvelée au dépôt sacré de la foi dont elle est la gardienne par mandat divin.
Abbé Hervé GODIN
Curé de la paroisse Saint Vincent-des-Vignes




